[Interview] Félix Mbetbo, auteur camerounais du livre « République du Piment »

[Interview] Félix Mbetbo, auteur camerounais du livre "République du Piment"

Son livre a fait sensation à sa sortie. « République du piment » a fait couler beaucoup d’encre et continue sur sa lancée. Félix Mbetbo est un jeune camerounais qui trace son bout de chemin avec un livre très pimenté. Nous sommes allés à sa rencontre et avons fait la connaissance d’un écrivain et blogueur passionné par son travail. Félix Mbetbo a bien voulu répondre à nos questions:


Made in MBOA: Tu as plusieurs casquettes à ton actif : blogueur, écrivain, influenceur web, concepteur-rédacteur et digital analyste. Mais toi-même, comment te définis-tu ?

Je suis blogueur parce que je tiens un blog que j’ai baptisé le « labo de Félix Mbetbo » dans lequel à mes heures perdues j’écris des phrases simples avec des mots compliqués afin que tout le monde s’y trouve et que tout le monde s’y retrouve.

Je suis écrivain parce que j’écris des livres depuis que je suis tout petit, et jusqu’ici j’ai pu publier quelques uns au milieu des nombreux manuscrits qui siègent dans ma paperasse en attendant leur tour.

Je suis influenceur web si vous le dites, car j’ai toujours pensé que ce n’est pas un métier mais une qualité. Non pas qu’on s’attribue mais que les autres nous attribuent en fonction de ce qu’ils ressentent au sujet de notre apparence sur le web. Donc de la manière avec laquelle vous apparaissez à eux au travers de vos différentes activités.

Je suis Concepteur-rédacteur par fonction en Agence de communication. Ça relève d’une certaine attitude d’esprit, qui consiste non pas seulement à concevoir et à rédiger les spots publicitaires, mais à utiliser les mots de tous les jours mais d’être capable d’écrire comme personne. De proposer un message à même de parler à plusieurs catégories de cibles. De faire d’un mot un concept, ou d’une histoire banale une publicité hors de l’ordinaire.

Mes activités personnelles dans le digital m’ont poussé à offrir mes services dans ce sens pour des personnalités publiques et pour l’agence dans laquelle je travaille. Cette fonction consiste à veiller sur les réseaux sociaux, et d’être apte à détecter les tendances et proposer des stratégies de campagnes qui auront une portée  significative. En agence ça s’appelle le planeur stratégique.

Je sais que je n’ai pas répondu à la question…(rires)

Made in MBOA: Le 08 mars dernier, alors que le monde entier fêtait la journée internationale de la femme, tu as présenté officiellement le livre « République du piment: Chroniques épicées d’une société qui se cherche … » : Quel message as-tu voulu passer ?

Un livre qui est rendu au public doit pouvoir porter avec lui une histoire. Je voulais marquer la sortie du livre d’un signal fort, afin d’attirer l’attention et faire comprendre aux gens qu’il n’est pas un fruit du hasard. Ça entrait pleinement dans la stratégie. Mais ça répondait aussi à une logique. Le 08 mars au Cameroun est connu comme une journée pimentée. Et quoi de plus beau pour un auteur qui traite du piment de voir son livre être présenté au public en un jour si symbolique. Encore que j’ai parlé du 08 mars en la présentant comme la journée nationale du piment.

Made in MBOA: Combien de temps as-tu mis pour écrire le livre « République du piment » ? Quels sont les sujets qui t’ont le plus inspiré et aidé pour la réalisation ?

Je ne veux pas dire ici que je l’ai fait en quelques mois de peur que plusieurs pensent que c’est une œuvre écrite au courant de la plume. Mais j’ai mûri le projet dans ma tête pendant longtemps. Je prends toujours plus de temps à réfléchir sur mon sujet qu’à l’écrire. Et la phase de relecture et de corrections est toujours aussi sensible et longue. Pour le deuxième volet de la question, je vais simplement dire à la manière de Beaumarchais que « les tableaux sont tirés de nos mœurs et mes sujets de la société ». Mais clairement c’est la floraison de l’usage du mot « piment » dans le langage et la musique populaire qui m’a le plus interpellé.

Made in MBOA: Malgré la diffusion sur les réseaux sociaux et les quelques présentations sur les plateaux de télévision, quand comptes-tu lancer une véritable tournée de dédicace ? C’est tout de même une grande étape pour un écrivain lorsqu’il met un livre sur le marché.

Même les plateaux de télévision je n’ai pu faire que les 1/10e au regard des nombreuses sollicitations. Et je profite de cet espace pour m’excuser auprès de tous ces confrères journalistes et animateurs de tout le pays qui n’ont pas pu me recevoir. Malgré toute ma bonne volonté, le travail qui m’occupe m’empêche de vivre une vie d’écrivain à plein temps. Je n’ai pu faire que deux sorties publiques à Douala au Bistro Latin à Bonapriso et au Musée National à Yaoundé. Avec mes partenaires au Centre, à Douala et à l’Ouest, on s’arrange à programmer une série de dédicaces à la rentrée 2017 pour combler ce grand vide. Merci déjà à mes amis des Instituts français du pays et ailleurs pour ce qu’ils s’apprêtent à faire dans ce sens.

Made in MBOA: Vous avez déjà combien de livres à votre actif ?

J’ai écrit une poignée de livres, mais je ne présente publiquement que les deux derniers d’entre eux à savoir : « le philosophe et le numérique » et « République du piment ». Je vais aussi annoncer ici la sortie très prochaine d’un ouvrage collectif dans lequel j’ai contribué avec plusieurs professeurs d’université : « vivre, écrire et publier au Cameroun » aux Editions Ifrikiya. C’est un livre de près de 400 pages sur les 20 années d’écriture de Marcel Kemadjou un auteur plutôt atypique.

Made in MBOA: Après le livre « Le philosophe et le numérique » publié en étroite collaboration avec le professeur Njoh Mouelle, « République du piment » est un tout nouveau tournant. Ça n’a pas été compliqué ?

Ça n’a pas été aussi compliqué que ça. Parce que je suis plutôt habitué à cette activité d’écrire. Il fallait que je prenne tout ce projet sur moi et d’être capable d’y répondre seul et d’en assumer seul les responsabilités. Contrairement à celui avec le professeur où j’étais plutôt dans une position noble de tutelle.

"La république du piment", le livre du blogueur camerounais Félix Mbetbo est déhors

Made in MBOA: En dehors de ta vie d’écrivain, as-tu un job, une occupation quotidienne ?

Je l’ai mentionné plus haut dès la première question. Par respect pour le lecteur je ne vais pas le recasser ici de peur de le lasser.

Made in MBOA: Quand écris-tu ? le moment préféré de la journée ?

« Philosopher c’est réfléchir, faire usage de la raison, en tout et partout, dans un tourbillon du monde comme dans la solitude et le cabinet » disait le philosophe. Toutes les heures de toutes les journées sont pour moi une bonne occasion d’écrire. Mais tout écrivain a toujours besoin de solitude pour mieux converser avec sa muse.

Made in MBOA: Que représente l’écriture pour toi ?

« Scripto ergo sum » : j’écris donc je suis

Made in MBOA: Comment te sens-tu face à la critique littéraire ?

Je déplore le fait qu’il n’existe pas ou plus de critique littéraire au Cameroun. Je me demande où vont et que font tous ces diplômés en littérature dans notre pays. Les journalistes qui tiennent les rubriques de culture parlent de tout sauf des livres. Et quand ils parlent des livres ils en parlent comme les passants qui s’arrêtent devant les kiosques de journaux et parlent des articles qu’ils n’ont lu qu’à travers leurs titres. Il n’y’a pas de blog où on parle uniquement de livres. Pas d’émissions télés ou on discute des publications d’écrivains. Les gens ne lisent plus, et il est impossible d’être un critique littéraire si tu n’es pas un mordu du livre.

Made in MBOA: Quels sont tes projets d’écriture à venir ?

Je pense bien écrire sur l’avenir, notre avenir.

Si tu dois faire le top trois de tes livres préférés ?

Pour ne pas m’embrouiller, je vais circonscrire la question en parlant des livres d’auteurs camerounais uniquement et surtout les essais :

– « de la médiocrité à l’excellence » de Njoh Mouelle : un livre que plusieurs pensent avoir lu, et que je conseille de lire et de relire.

– « l’urgence de la pensée » de Maurice Kamto, un livre que les gens ne connaissent pas beaucoup et qui est à connaitre de tous. J’ai tellement lu et cité ce livre à l’Université qu’on m’appelait Kamto.

– « sortir de la grande nuit » d’Achille Mbembe. L’un des plus grands penseurs d’Afrique, qui malheureusement n’est pas toujours facile à comprendre. Dieu merci j’y suis arrivé après plusieurs années d’entraînements.

Made in MBOA: En tant que blogueur et influenceur web, quels conseils donnerais-tu aux jeunes qui s’adonnent avec frénésie aux réseaux sociaux ? Et à ceux qui désireraient devenir écrivain ?

Les réseaux sociaux ont malheureusement crée une génération de jeunes faussaires. Les jeunes ont déménagé du cadre de vie réel pour occuper un espace qui n’a que la virtualité pour règle. Ils se créent des faux noms, des faux profils, des faux personnages pour exister sur le plateau où on ne juge les gens que sur le paraître. Tout le monde devient spécialiste de tout, et personne ne veut plus affronter la réalité sur le terrain où elle existe c’est-à-dire dans la vie de tous les jours. Les jeunes sont connectés à internet et déconnectés de tout. On espère que les prochains jours ils sauront faire la part des choses et se rendre compte de tout ce qu’ils perdent en restant sur un espace où ils auraient pu assez gagner.

Sartre disait dans : « qu’est ce que la littérature ? » Que c’est pour avoir assez lu de grands auteurs qu’ils se sont découverts, dans la cour du lycée, une carrière d’écrivains. C’est une évidence qu’on ne peut arriver à cette étape qu’après une longue et dure expérience de lecteur assidu. Et je continu de donner raison au philosophe Alain qui disait qu’ « il n’ya aucune manière de penser que de lire les penseurs » c’est chose pareille avec l’écriture. Mais aujourd’hui les jeunes veulent être lus sans jamais avoir assez lu.

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